Le Roman de la libération de Dany Leprince par Roland Agret

La lourde porte du Centre de détention de Poissy s’est enfin ouverte sur le « Condamné à tort », souriant en biais et crispé des mandibules, sa nouvelle femme le tenant un peu comme en bandoulière, redoutant peut-être un dérapage incontrôlé de celui qui, grâce à tous ceux qui se sont battus à sa place, s’est retrouvé « fabriqué vedette ».
Voilà enfin le champion devant la foule des caméras qui guettent ses premières réactions, ses premiers mots, son premier souffle.
Mais Dany Leprince a bien retenu la leçon et il la récite : Pas un seul mot, même pas un hommage à sa mère qui s’est dépouillée pour lui, à en mourir d’en trop subir. Va-t-il alors pousser le cri naturel de l’innocent écorché vif au pilori de l’injustice…Qui, selon sa toute belle moitié, a « puisé toute sa force dans son humour et dans son inertie » ?
La foule des micros reste pantelante, n’en respire plus : Mais la moue en accent circonflexe du libéré de frais ne sourcille même pas…
Que nenni damoiseaux, même pas mal !
Pourtant, cela ne concernait pas son dossier duquel il ne doit pas parler !
Le « grand échalas » entonne donc le chant de la carpe, circulez messieurs dames les journalistes, plus rien à vous dire ! Pourtant, hier encore…
Mais l’inénarrable Béatrice est là, toute potelée et en rafales de rires, elle veut enfin vivre comme un « couple ordinaire ». Cette libération à l’en croire dans certains de ses interviews, serait intervenue uniquement grâce à elle, dans la foulée de ses épousailles épiques en 2008.
Selon elle, sans que son nez épatant s’allonge, « sa vraie famille, le Groupe Renée Leprince et Action Justice « étaient là juste au début », c’est-à-dire de 2002 jusqu’en Juin 2009…Sept piges, une roupie de sansonnet en somme.
Son « avocat hermétique » qui revendique « avoir convaincu la Présidente de la Commission au fil de leurs rencontres », s’érige en grand maître de cérémonie qui distribue les partitions. Il en oublie que nous lui avons déposé le dossier bien ficelé et l’affaire clefs en main, fin 2007. Le voilà maintenant inscrit dans le verbiage et la compétition du ramasseur de timbale. Ne manque au portillon que le « moi-je » d’un certain détective…
Tout le « avant » est déjà ravalé au rang d’une pissette de chat.
Quant à la presse : Il faut qu’elle sourdine, le bavard la fustige telle la peste, faisant référence à l’affaire Seznec : Elle risque de compromettre la décision finale de la Chambre Criminelle !
Dois-je en déduire que l’on doit ce rejet aux médias qui auraient fortement indisposés les hauts magistrats ? Et que s’ils n’avaient pas fait leur travail d’information, s’ils s’étaient tus, ils n’auraient pas courroucés les juges et la décision aurait peut-être été positive ?
Dois-je aussi comprendre que nos hauts magistrats rendent la Justice en fonction de leurs irritations et de leurs états d’âme ?
Dois-je encore comprendre que les grandes batailles judiciaires se gagnent avec des chuchotements, dans le maquis des couloirs feutrés de nos Cours ?
La Cassation surprise du procès de Yvan Colonna me démontre heureusement le contraire !
Mais au fait, qui était là en 2002, à ramer contre un enfer pour tenter de faire admettre « que le boucher de la Sarthe », condamné au maximum pour avoir massacré sa famille était peut-être non coupable ?
Pourquoi et qui était toujours là en 2005, lorsque la forteresse de la Commission a ouvert sa porte en ordonnant « un complément d’information » ? Qui a l’a gloutonnée de médias et de nombreux rapports jusqu’en Juin 2009 ?
Et qui surfe aujourd’hui, sans vergogne ni retenue sur ces « trésors de guerre » si chèrement acquis, à s’en confire le nombril ?
La libération de Dany Leprince : Une piètre pantalonnade à laquelle heureusement, avec les famille Leprince et Hemonnet nous avons échappé, grâce à madame Béatrice Poissant-Leprince, l’anesthésiste professionnelle.
Elle a réussi l’exploit en une année, d’éloigner Dany de tous ses proches, qui eux se sont tous battus au-delà de l’incroyable…
Et d’offrir à son digne époux, une confortable mémoire sélective.
Dany Leprince enfin libéré après 16 ans de cellule certainement pour rien ? Nous nous étions battu pour cela et le résultat nous comble…
Nous sommes tellement heureux et soulagés, que tout ce que nous avons subi en injures et trahisons devient aujourd’hui anecdotique, presque risible…
Reste en nous, la douleur lancinante des mémoires de Renée, Christian, Brigitte, Sandra, Audrey et du papa Papillon.
En attendant le nouveau et ultime tourniquet des Assises où nous guetterons quelques gros morceaux de vérité, bon courage à nos délicieux tourtereaux, bons vents, meilleures voiles et surtout évitez la falaise !